FORMATION TECHNIQUE ET PROFESSIONNELLE

Pendant cinq décennies d’indépendance, l’Enseignement et la Formation Technique et Professionnelle (EFTP) sont restés dans un état de développement embryonnaire. Seuls quelques établissements d’enseignement technique et professionnel animaient le secteur, tous concentrés à Ouagadougou.

Cette pénurie n’est pas restée sans conséquence sur le niveau économique national. Selon une étude démographique de l’Institut National de la Statistique et de la Démographie (INSD), en 2013, 73.9% des jeunes de 15 à 34 ans au Burkina Faso n’ont reçu aucune formation professionnelle et sont de facto, techniquement sans compétences pour répondre aux besoins du marché.

De ce fait, la pauvreté dans le pays de l’homme intègre affiche clairement un visage juvénile du fait de la non-qualification des jeunes due à l’inaccessibilité de la formation professionnelle. Cela s’explique non seulement par la pénurie d’infrastructures scolaires et de centre de formation, mais en plus, par les coûts élevés des formations proposées. En effet, selon une étude menée par l’ONG C.RE.D.O dans le cadre de la formation DUAL, les coûts de formation sont estimés à une fourchette de 45.000 à 200.000 FCFA dans le public, et de 45.000 à 350.000 FCFA dans le privé, ce qui s’avère très élevé pour des parents en quête de bourses et subventions d’aide à la scolarisation de leurs enfants. Par conséquent, en 2013, moins de 6.000 jeunes ont bénéficié de formation professionnelle.

Il convient également de noter, selon la même étude réalisée par l’ONG C.RE.DO, que la faible performance de la formation professionnelle est caractérisée par l’insuffisance des capacités d’accueil, d’enseignants qualifiés, d’une inadéquation entre les contenus de formation et les besoins du marché de l’emploi, du sous-équipement des centres de formation et d’une absence de relation formelle entre les écoles et les entreprises. Pour faire face à ce défi, le Gouvernement Burkinabè a élaboré un Programme d’Appui à la Politique Sectorielle de l’EFTP (PAPS/EFTP), qui fait l’objet de nombreuses interventions louables sur le plan national. Cependant, la formation professionnelle au Burkina Faso a toujours besoin d’un appui important au regard de la proportion des jeunes non formés et des nombreux défis recensés dans ce secteur.

LE PROGRAMME EFTP DE L’ONG C.RE.D.O

Depuis sa création en 1993, l’un des plus importants objectifs de l’ONG C.RE.D.O est de permettre à tous les jeunes défavorisés, vivants dans les communautés de base, de bénéficier d’une éducation forte et d’une formation adéquate pour leur permettre d’intégrer le marché de l’emploi, et d’être autonome et responsable. C’est ainsi que plusieurs projets ont vu le jour, dont des centres de formation spécialisée dans l’agriculture et l’élevage, des centres de recyclage des enseignants, des centres d’éducation formelles et non-formelles, et à partir de 2001, deux grands lycées technique et professionnelle sont créés grâce au financement du partenaire hollandais Woord en Daad.

La vision de l’ONG C.RE.D.O en matière d’EFTP est la suivante : « les jeunes démunis sont des leaders techniquement compétents qui participent au développement intégral de leur communauté ». Le programme vise à faciliter l’accès aux compétences d’emplois à 5.000 jeunes démunis et à l’insertion professionnelle d’au moins 4.000 jeunes (80%), à l’horizon 2020.

Groupe cible et implication

L’ONG C.RE.D.O cible particulièrement le jeune démuni issu de famille pauvre, sans niveau d’instruction ou ayant un niveau d’instruction très bas, dont l’âge est compris entre 15 et 35 ans, ne disposant d’aucune connaissances sur les Techniques de Recherche d’Emploi. Ce groupe cible n’a pas accès à l’information sur les débouchés et les perspectives de l’EFTP ce qui justifie son manque d’esprit entrepreneurial et sa complexité face à certaines filières devant être exécutées sans aucune formation initiale. Pour permettre au programme de toucher réellement son groupe-cible, un système de sélection est mis en place à la lumière de critères d’éligibilité qui sont : – Identification des « Pauvres parmi les plus pauvres » à travers une  évaluation de l’indice  « Progress out of Poverty Index ». – Ne pas bénéficier de protection, d’assistance, de soutien d’une autre ONG, et de sécurité parentale adéquate ; – Etre abandonné, orphelin ou vulnérable – Avoir l’âge requis pour bénéficier du programme ; – Etre recommandée par l’action sociale, la commune ou l’APE/AME.

Insertion socio-professionnelle des jeunes

Le programme entend développer des attitudes de leadership et des compétences techniques en forte adéquation avec les besoins du marché. Pour améliorer leur chance d’insertion socio-professionnelle, l’ONG C.RE.D.O a développé un Service de Placement d’Emploi et de Développement d’Entreprise/ Job Business Service, qui aide les jeunes pousses à développer leur plan d’affaire, à prospecter des micro-crédits, et leur offre un service d’incubation, de conseil et d’accompagnement professionnel. Le Programme de l’EFTP entend amener les jeunes démunis à acquérir le savoir-faire, le savoir-être, et le savoir-vivre de haute qualité qui puissent leur assurer des compétences certaines dans leurs métiers de formation.

Zone d’intervention

La présence de certains projets de l’ONG C.RE.D.O dans les provinces du Houet, Kadiogo, Boulkiemdé, et de la Sissili sont les raisons principales du choix stratégiques d’implémentation du programme EFTP. Ces quatre provinces recèlent une masse critique de jeunes pauvres qui n’ont aucun accès à la formation technique et professionnelle du fait surtout de la cherté et/ou à l’indisponibilité de celle-ci. Il est également constaté une forte concentration des petites, moyennes et grandes entreprises dans lesdites zones d’intervention, ce qui facilite l’adéquation formation technique/emploi, l’insertion professionnelle des jeunes, et le partenariat entreprise-école-Etat.  Cependant, le programme a pour vocation de s’étendre là où le besoin est réel.

APPROCHE DE L’ONG C.RE.D.O EN MATIERE D’EFTP

Afin d’optimiser la mise en œuvre de sa stratégie d’intervention, l’ONG C.RE.D.O agit à trois niveaux complémentaires :

La formation professionnelle est un moyen efficace de transfert de compétences si et seulement si les compétences offertes répondent aux besoins du marché de l’emploi. Pour relever ce défi, l’ONG C.RE.D.O a mis en place des mesures de renforcement de capacité d’adaptation et d’anticipation en matière d’innovation et d’intégration de nouvelles filières répondant aux besoins du marché. Parmi ces mesures, le programme EFTP de C.RE.D.O entreprend régulièrement des activités de rapprochement des entreprises aux centres de formations professionnelles en vue de permettre à chaque partie de pénétrer l’univers les uns des autres pour une meilleure adéquation.

L’amélioration des compétences d’emploi des jeunes passe inéluctablement par le renforcement des capacités techniques du personnel en matière d’ingénierie de formation professionnelle, la diversification des offres de formation et l’amélioration du curricula.  L’ONG C.RE.D.O intègre dans son nouveau plan stratégique des modules d’entrepreneuriat, de négociation et de montage de dossier technique pour postuler aux appels d’offres. Ainsi, tous les jeunes formés doivent disposer, à la fin de leur formation, d’un plan d’affaire monté en bonne et due forme. Dans cette perspectives d’améliorer la qualité de la formation, des ateliers d’adaptation et d’élaboration de curricula sont organisés en vue d’améliorer le contenu des formations déjà existantes et de rendre disponible les programmes de formation dans les nouvelles filières économiquement porteuses. Dans le cadre de la facilitation de l’accès aux compétences, l’ONG C.RE.D.O développe des cadres de concertation avec des entreprises dans le but de faciliter le placement de stages et d’emploi. Les familles des jeunes démunis bénéficient de formation et d’accompagnement dans les Activités Génératrices de Revenus (AGR) en partenariat avec les institutions de microfinances.

L’ONG C.RE.D.O œuvre, en partenariat avec le Groupe Thématique « Jeunesse et Emploi » du SPONG, à renforcer l’influence de la société civile sur les politiques nationales de l’EFTP et de l’emploi. Pour ce faire, de nombreuses études/capitalisations sont entreprises en vue de disposer de données actualisées pour mener des actions de plaidoyer efficaces.

Le programme de l’EFTP à travers l’ONG C.RE.D.O met en place un modèle basé sur l’approche par compétence qui passe par l’intégration des modules d’entreprenariat, de négociation, d’appel d’offre, ainsi que la diversification des types de formation, la réduction de la durée de la formation; l’accroissement du système de suivi interne des élèves afin d’engranger de meilleurs performances scolaires, l’accroissement du niveau des élèves venants du primaire en consacrant la première moitié du temps de formation en année préparatoire (AP) à l’enseignement du programme du primaire (notamment le français et mathématique) qui sont des conditions sine qua non pour le partenariat entre le programme et les EFTP où les bénéficiaires seront affectés. La priorité est également mise dans la formation des Associations de Parent d’Elèves sur leur rôle et mission dans l’encadrement de leurs enfants. L’efficacité de la démarche EFTP de C.RE.D.O ne peut s’obtenir qu’à travers une synergie d’action de l’ensemble des partenaires terrains, qui travaillent main dans la main afin d’assurer la continuité des offres de formation et de stages.

II  Les établissements Polytechniques de l’ONG C.RE.D.O

En 2001 et 2005, l’ONG C.RE.D.O a ouvert respectivement le Lycée Technique Privé BEREKIA à Léo et le Complexe scolaire BARAKA à Bobo Dioulasso   pour permettre aux sortants du cycle primaire d’apprendre un métier leur donnant une chance d’obtenir un emploi dans la perspective d’une vie meilleure. Les deux lycées de l’ONG C.RE.D.O sont ouverts sur la base du cahier des charges des établissements privés d’EFTP rattachés au MESS. De ce fait ils disposent d’un organigramme portant organisation et fonctionnement administratifs, financiers et pédagogiques. L’appareil administratif et de gestion constitué du Directeur, du Chef des Travaux, de l’agent comptable, du conseiller principal d’éducation,  une secrétaire de direction et un surveillant maitre d’internat assume toutes les responsabilités de l’établissement. Cette équipe est accompagnée par un personnel auxiliaire et d’ouvriers spécialisés pour les tâches secondaires ; elle bénéficie du soutien de l’Association des Parents d’Elèves (APE) qui participent activement à l’animation de la vie des lycées. Le fonctionnement de l’administration est régi par des textes règlementaires, à travers la tenue régulière des cadres de concertation que sont les différents conseils (conseil de direction, conseil de rentrée, conseil de fin d’année, conseils de classe, conseil de discipline, conseils d’enseignement). Dans les deux lycées l’appareil administratif est bien implanté et malgré les difficultés de financement, se développe de manière substantielle au regard des opportunités du marché.

Le Lycée Technique Bérékia à Léo

D’un terrain de dix hectares, situé à Léo dans la province de la Sissili, Région du Centre – Ouest, le Lycée Technique Bérékia compte : huit dortoirs, seize logements, une bibliothèque de 98,25m² entièrement équipée, trois ateliers de 344,4m² chacun, un laboratoire de  98,25m² pour la technique, dix-huit salles  de classes de 97,84m² chacune, une infirmerie de 19,17m², un réfectoire, deux forages positifs, dont un équipé de deux châteaux d’eau fonctionnels et un terrain omnisport. Avec une équipe de 51 professeurs qualifiés et pétris d’expériences, de neuf personnels administratifs, et neuf personnels de soutiens, le Lycée Technique Bérékia travaillent à répondre aux attentes des jeunes, de leurs familles et au besoin du monde économique. 

Depuis l’ouverture de ses portes en 2001 avec deux filières techniques industrielles en formation, à savoir l’électromécanique et la construction métallique, le Lycée Technique Bérékia est aujourd’hui  un centre multifonctionnel aux offres éducatives diversifiées. En effet, elle compte désormais à son actif : – Une école primaire de six classes ; – Un lycée d’enseignement général ; – Un centre de formation professionnelle chargé de la formation dual en  technique industrielle et tertiaire : électricité bâtiment, maçonnerie  construction, soudure métallique, mécanique deux roues, plomberie et  carrelage ; – Une école de formation et de recyclage des enseignants du primaire  EFORE ; En termes d’effectif actuel, le Lycée Technique Bérékia compte environ 700 jeunes issus de toutes les formations confondues.

Expériences Générales du Lycée Technique Bérékia Depuis 2001: Formation technique dans les filières d’électromécanique, construction métallique, maçonnerie construction avec un taux moyen de succès au CAP de 70% ; Gestion des apprenants à l’internat Depuis 2006 : Campagnes annuels des élèves sur le VIH/SIDA et les IST avec les agents de santé ; Elaboration de nombreux manuels de formation mettant en exergue les relations entre les disciplines techniques. Depuis 2007: Intégration du Service de Placement d’Emploi et Développement d’Entreprise de l’ONG C.RE.D.O, développement de modules sur l’entrepreneuriat et les TIC. Depuis 2008: Formations par alternance dans les filières de la soudure, électricité-bâtiment, mécanique deux roues, métallique et maçonnerie – construction avec un taux moyen de succès de 80% au CQP. ; Lancement de l’enseignement primaire. Depuis 2010: Révision des programmes de CAP et BEP. Depuis 2011 : Campagne de sensibilisation sur l’environnement. 2 • Le Complexe Scolaire BARAKA à Bobo-Dioulaso D’une superficie de 03 hectares, le Complexe Scolaire Baraka dispose de 25 salles de classe, un réfectoire de 600 places, 08 ateliers, 03 salles spécialisées, un terrain de sport, une infirmerie, un château d’eau, et une salle informatique avec internet. Le Complexe Scolaire Baraka a ouvert ses portes en 2005 avec deux niveaux de formations, à savoir le CAP électromécanique, construction/métallique, maçonnerie/construction, BEP maintenance industrielle, structure métallique et génie- civil. Le Complexe Scolaire Baraka, dans la perspective d’élargissement de ses offres, a démarré la formation professionnelle de type Dual en 2007 en coiffure, électricité bâtiment et la soudure métallique. Dans la même année du démarrage du Dual, l’établissement a ouvert les portes de son école primaire et en 2016 celles du lycée d’enseignement général. Le Complexe Scolaire Baraka dispose de onze logements d’habitation pour le personnel permanant, quinze salles de classe, un internat et neuf ateliers pour la pratique.

Expériences Générales du C.S Baraka

Depuis 2005 : Formation technique dans les filières d’électromécanique, construction métallique, maçonnerie construction, maintenance industrielle, génie civile construction ; structure métallique ; Formation technique en Électromécanique et maintenance industrielle (CAP et BEP); Gestion des apprenants à l’internat ; Depuis 2006 : Élaboration de plusieurs manuels qui mettent en exergue les relations entre les disciplines techniques.  Depuis 2007 : Formation des professionnels en AutoCad, Archicad ; en soudage MIG MAG ; Collaboration avec le Service de placement d’emplois de l’ONG C.RE.D.O et intégration de module sur l’entrepreneuriat et les TIC ; Ouverture de l’enseignement du primaire. Depuis 2008 : Formations de type dual dans les filières de soudure, électricité bâtiment et coiffure ; Formation en automatisme ; Formation sur le logiciel de dessins des schémas électriques  X-Relais ; Mise en place des Centres d’examens du CQP, CAP et BAC ; Formation par alternance en électricité bâtiment (système DUAL); Depuis 2015 : Ouverture du Lycée d’Enseignement Général.